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«PAC» aimait sa ville et les gens

Dernière mise à jour : 23 avr. 2023

Amoureux de Fribourg, Pierre-Alain Clément est décédé brutalement jeudi, à la veille de ses 72 ans. Professeur de maths devenu chef des finances de la Ville, il en a également été le premier syndic de gauche, de 2006 à 2016. Député durant 27 ans, cet humaniste fan de BD franco-belge, de basket et de football était très apprécié pour sa bonne humeur et son humour. Hommage à ce papa et grand-papa qui résidait à Beaumont. Originaire d’Ependes, Pierre-Alain Clément grandit dans le quartier du Jura. Après des études à l’Université de Fribourg, où il obtient sa licence en lettres, il se tourne assez vite vers le syndicalisme enseignant et le socialisme, même si l’entente avec le PS fribourgeois – qui lui reprochait de ne pas être assez à gauche – n’a pas toujours été rose. Entré en 1986 au Conseil général, où il siègera au sein de la commission financière, il subit deux échecs en 1996 lors des élections au Conseil communal d'abord, puis à la Préfecture de la Sarine. Il accédera finalement à l’exécutif de la Ville en 1999, comme premier des «viennent-ensuite», après le décès du vice-syndic Marcel Clerc.

Pierre-Alain Clément, ancien syndic et député, est décédé subitement jeudi, à la veille de ses 72 ans. © Christian Hochstetter

Après avoir enseigné durant 27 ans les mathématiques et l’informatique au cycle d’orientation de Jolimont, il doit le quitter en 2001 quand le Conseil communal de Fribourg, où il siège depuis deux ans, se professionnalise et est réduit de 9 à 5 membres. Comme en témoignent les commentaires de certains d’entre eux hier sur les réseaux sociaux, l’ancien enseignant au CO a laissé de très bons souvenirs chez ses élèves: «Un super prof», «Le meilleur professeur de mathématiques à Jolimont», «Un prof génial», «Il m'a appris à aimer les maths», «Magnifique Monsieur. Ah, ses cours de maths! Nous perdons une grande personnalité», peut-on notamment lire sur Facebook.


Le service des finances de la Ville complètement réorganisé sous son ère


Professeur de maths, Pierre-Alain Clément aimait logiquement les chiffres, plus que les longs discours. De l’aveu de ses anciens collègues du Conseil communal, on lui doit d’avoir complètement réorganisé le service des finances de la Ville et revigoré les comptes. D’ailleurs, contrairement à ce que d’aucuns prétendaient lorsqu’il s'est hissé à la tête de l’exécutif, le premier syndic de gauche n'a pas augmenté les impôts après trois mois, même si le déficit d’alors était colossal (10 millions). Et lorsqu’il doit finalement se résoudre à le faire, deux ans avant la fin de son mandat, c’est pour la bonne cause: «Cette hausse du coefficient de 77,3 à 81,6% devait compenser les baisses fiscales décidées au niveau cantonal. Elle a aussi permis d’investir dans les infrastructures scolaires», justifiait l’ancien professeur au moment de tirer son bilan à la syndicature.

 
 

Ceux qui ont eu la chance de le côtoyer le savent: toujours de bonne humeur, le sourire aux lèvres et une bonne blague en réserve, ce lecteur de «Charlie Hebdo» cultivait un sens de l’humour hors du commun. Lui-même «peu doué en dessin à l'école», ce bédéphile adepte de la «ligne claire» dont la collection dépassait les 7000 albums et la passion était partagée avec son épouse Francine, maniait aussi l'art de l’autodérision. Lorsqu’il était brocardé dans les journaux de carnaval, comme en 2015 dans «Le Bouffon» (voir ci-contre) où on le taquinait sur le fait qu’il était en roue libre même à la montée grâce à son vélo électrique, le syndic en riait. Il savait bien, au fond de lui, que c’est au contraire parce qu’il avait parfois voulu aller trop vite qu’il avait eu de la peine à faire avancer certains dossiers. La fusion du Grand Fribourg entre autres. Des épisodes douloureux ont durci la peau de cet humaniste

Les défenseurs qui ont eu à affronter l’ancien président du FC Beauregard lorsqu’il évoluait au sein de l’équipe de football du Grand Conseil (où il a siégé de 1989 à 2016) savent très bien qu’il était véloce sans être féroce, même s'il pouvait faire trembler les filets. «PAC» – le surnom qu'on lui donnait dans certains milieux – était un humaniste, un épicurien aussi, amateur de cuisine et de vin. Ce qui faisait dire à certains plaisantins qu’il était un «syndic très rouge», bien qu'il fût en fait un socialiste tempéré. En amoureux de sa ville, il supportait mal la condescendance de l’Etat envers la capitale cantonale ou la méfiance de certaines communes voisines.

Retiré de la scène politique en 2016, Pierre-Alain Clément a aussi connu des épisodes douloureux. © PS Ville de Fribourg

Être syndic, c’est être exposé. Celui qui aimait les gens a donc aussi vécu des moments douloureux, comme lorsqu’il est mis en cause dans l’affaire de la caisse de pension du personnel de la Ville de Fribourg. Prévenu de faux dans les titres dans l’exercice de fonctions publiques, il en ressort totalement blanchi par le Tribunal de la Sarine. Acquitté en 2010, il en a toutefois longtemps gardé des traces et cette expérience lui avait, admettait-il, durci la peau. «Quand on me demandait comment j’allais, je répondais que le politicien allait bien mais que l’homme a, lui, des blessures...», confiait-il ainsi à «La Liberté» lors de son retrait du Conseil communal, dont il avait grandement apprécié l’ambiance et l'harmonie. Il aura inauguré avec bonheur la salle Equilibre et le pont de la Poya Parti «avant de n’être plus inventif», Pierre-Alain Clément a laissé à ses successeurs le soin de relever par exemple ces gros défis urbanistiques que représentent l’aménagement de la place de la Gare, la requalification du quartier du Bourg et l’extension du parking de la Grenette. Comme syndic, il aura cependant eu l’immense satisfaction de pouvoir inaugurer la salle Equilibre (2012) et le pont de la Poya (2014), deux réalisations attendues depuis des lustres. «J'ai comme un sentiment d'épanouissement», avouait-il à l'époque. Retiré de la scène politique en 2016, «PAC» a continué à s'engager dans les milieux associatifs. Il était notamment président de l'Association Le Radeau, à Orsonnens, une institution qui accueille des personnes toxico-dépendantes. Toute notre sympathie à son épouse, à sa famille et à ses proches. Qu'il repose en paix!

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