«Le tilleul de Morat est mort, vive le tilleul de Morat!»
VU AILLEURS - Avec un rameau de tilleul tendu aux vainqueurs sur la ligne d'arrivée, la 92e édition du Morat-Fribourg, le 1er dimanche d'octobre, a contribué une fois de plus à perpétuer la mémoire de la victoire des Confédérés sur Charles le Téméraire, en 1476. Comme le messager et la branche de laurier le sont pour la course «Marathon-Athènes», messager et branche de tilleul sont les symboles de la course commémorative fribourgeoise. L’occasion pour le média en ligne «Alma & Georges» de rappeler que «le patrimoine génétique du légendaire tilleul de Morat se porte comme un charme. Et plutôt 30 fois qu'une!» Un des rejetons du vénérable feuillu a même été planté dans les jardins du pape.

«Le tilleul de Morat est mort, vive le tilleul de Morat!» Tel est le titre de l’article consacré récemment par «Alma & Georges», le magazine en ligne de l’Université de Fribourg, au nouveau descendant du légendaire feuillu, qui prend racine depuis ce printemps dans le quartier du Bourg. Le dernier rejeton authentifié de l’arbre pluricentenaire, planté en juin dernier à l’intersection de la route et la rue des Alpes à l’occasion des 550 ans de la bataille de Morat, est le fruit d’un sauvetage entrepris il y a plus de cinquante ans.
Une trentaine de boutures réalisées dans les années 1970
«Dès les années 1960, l’état de de santé du vénérable tilleul était devenu préoccupant», raconte l’auteure du texte Sophie Roulin. «Enserré au milieu de la route des Alpes, il subissait la densification du trafic et la pollution. Les jardiniers de la ville essaient d’abord de le revitaliser en lui injectant de l’engrais. En 1969, Jakob Gauch, chef jardinier de l’Institut de botanique de l’Université de Fribourg, alerte ses collègues de la Société suisse de dendrologie à propos de la santé du vieux tilleul. Il y a urgence: pour le sauver, il faut le multiplier.»

Une trentaine de boutures réalisées dans les années 1970 par le Jardin botanique de l’Université de Fribourg ont prospéré jusque dans les jardins pontificaux à Castel Gandolfo, un souvenir de la visite du pape Jean-Paul II à Fribourg en 1984. «Mais ce n’était pas gagné d’avance, nous apprend l’article d’«Alma & Georges», car l’essence ne compte pas parmi les plus faciles à multiplier de cette manière.» Assistant-docteur, le père Aloïs Schmid dirige les opérations avec l’aide du chef jardinier de l’Institut de botanique, Jakob Gauch, et celui de la ville de Fribourg, Jean Wieland. Par mesure de précaution, Aloïs Schmid multiplie les boutures qu'on estime à une trentaine. Certaines ont été offertes par la Ville de Fribourg, notamment à Morat, Bulle, Grandson ou encore aux abords de la «Voie suisse», au sud du lac des Quatre-Cantons.

Le 25 septembre 1974, le Conseil communal de Fribourg annonce à la presse que la culture des boutures est une réussite. Reste alors à les faire pousser. Un an plus tard, les jeunes tilleuls les plus vigoureux mesurent 60 centimètres. Quatre ans plus tard, ce sont des arbres robustes de quatre mètres de haut. La postérité du tilleul de Morat est ainsi assurée et quand un véhicule finit par le renverser en 1983, peu après qu'il eut fêté son demi-millénaire, une bouture est plantée sur la place de l'Hôtel de Ville pour le remplacer. Quant à l'emplacement historique de l'arbre originel, au centre de la route des Alpes, il est marqué depuis 1989 par une sculpture – «Le coureur de Morat» – créé par les artistes fribourgeois Emile Angéloz et Bruno Baeriswyl. Réalisé avec les colonnes et les fers de l'ancien monument, cette œuvre avant tout utilitaire n'avait pas fait l'unanimité à ses débuts, comme le relevait «La Liberté» dans son édition du 12 avril 1989.
Mythe ou réalité? Quoi qu'il en soit, le symbole perdure
Selon la légende, un messager aurait apporté la nouvelle de la victoire des Confédérés sur Charles le Téméraire de Bourgogne lors de la bataille de Morat, en 1476, à Fribourg. Arrivé sur la place de l'Hôtel de Ville de Fribourg, il se serait effondré, mort, après avoir crié «Victoire! Victoire!». La branche de tilleul qu’il portait sur lui aurait été plantée en souvenir de la victoire, à l’endroit même où le messager serait mort.
A en croire les recherches historiques, pourtant, le tilleul aurait été planté avant cette fameuse bataille. Sa plantation remonterait ainsi à l’année 1470, c’est-à-dire à l’époque où la tour des Autrichiens fut démolie et où ses pierres servirent à remblayer le fossé nord, permettant ainsi de gagner un nouvel espace dans le quartier du Bourg.
C'est vers 1720 seulement que l'on aurait établi un lien entre le tilleul et la bataille de Morat. Quoi qu'il en soit, la légende du messager, mort peu après son arrivée à l'endroit où fut planté plus tard le vénérable feuillu, perdure aujourd'hui encore.



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