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L'Atelier ravive la mémoire et les «vieux papiers» de Fribourg

Intitulée «Fribourg Art-Archives», une exposition dévoile la richesse et la diversité des collections patrimoniales de la Ville et de la Bourgeoise de Fribourg, présentées au public pour la première fois en commun. Préparée par les Archives de la Ville de Fribourg, en collaboration avec le Service de la culture, cette exposition est visible à la place de Notre-Dame 16 jusqu’au 19 avril, du mercredi au dimanche, de 11h à 18h. Le 29 mars, ce voyage dans le passé a fait l’objet d’une visite guidée par deux archivistes.


Découpée en neuf sections et répartie sur trois étages de L’Atelier, l’exposition Fribourg Art-Archives» présente une centaine d’œuvres d’art (huiles sur toile, gravures, mobilier, affiches, objets de dévotion, dessins, orfèvrerie liturgique et sculptures), provenant de plusieurs collections et fonds, mais également des «vieux papiers» qui racontent l’histoire de la cité des Zaehringen. Tet était d’ailleurs le thème d’une visite guidée publique organisée dimanche dernier par l’archiviste de la Ville Xavier Gendre et sa collègue Geneviève Gross qui se sont concentrés sur un étage et quatre sections de l'exposition. Jean Montenach est le premier syndic de la ville en 1799 Au premier étage de L’Atelier, l’exposition Fribourg Art-Archives démarre par la première de ses neuf sections thématiques et chronologiques, baptisée «Nouveaux pouvoirs», qui témoigne de la création de la commune de Fribourg. «Si la cité des Zaehringen a été fondée en 1157, l’entité politique de la Ville de Fribourg remonte à 1803, et dans les faits un peu avant, raconte Xavier Gendre. C’est en effet la chute de l’Ancien Régime, en 1798, avec l’arrivée des troupes françaises, qui marque la fin d’une administration féodale et patricienne remplacée par un système communal émergeant avec la République helvétique.»

Le premier protocole du Conseil communal, datant de mai 1799, mentionne ainsi le nom du tout premier syndic de Fribourg: Jean Montenach – qui retrouvera sa particule lors de la restauration aristocratique de 1814 et l’abdication de Napoléon 1er – sera crédité à l’époque du titre de «président de la municipalité». C’est en 1803 que la Ville de Fribourg est séparée officiellement de l’État comme en témoigne l’Acte de dotation datant du 8 octobre 1803, un document fondamental d’ailleurs présenté dans le cadre de l’exposition Fribourg Art-Archives, tout comme le portrait de Jean de Montenach et de deux de ses illustres successeurs: Jean-Auguste Cuony, syndic de 1849 à 1857, et Ernest de Weck, syndic de 1903 à 1919. C’est ce dernier qui, à l’époque de son règne, a d’ailleurs pris l’initiative à l’époque de de créer cette galerie des anciens syndics dans la salle du Conseil communal. Thierry Steiert fera d’ailleurs bientôt son apparition sur ce «mur des célébrités».


Hommage à Barbe Schinner, pionnière de l’aide humanitaire


Dans cette section «Nouveaux pouvoirs», le public peut aussi découvrir une table d’apparat qui a accueilli dès 1779 les bannerets – représentants des quatre quartiers historiques de la ville sous l’Ancien Régime (Auge, Bourg, Neuveville, Places) – avant de passer en main communale, probablement lors de la transmission de la Maison de Ville aux autorités municipales. «Conservée dans la salle du Conseil communal, elle est encore utilisée jusque vers 2010, avant d’être transférée au Service des archives de la Ville de Fribourg», précise son responsable Xavier Gendre.

Du début du XIXe siècle, on peut voir également les portraits du Père Grégoire Girard, éminent pédagogue, et d’Aloys Mooser, à qui l’on doit la construction du grand orgue de la cathédrale Saint-Nicolas (1824-1834).



Une seule femme y est en revanche à l’honneur sur une aquarelle de Nicolas Müller («Passage des Autrichiens à Fribourg en 1799 »): Barbe Schinner. Sage-femme et infirmière pour l’occasion, lors du tumulte révolutionnaire, où la République helvétique devient le théâtre d’affrontements, elle panse alors les blessures de soldats blessés autrichiens et russes, sans distinction d’uniformes. En 1875, elle fut d’ailleurs mise à l’honneur dans la Revue internationale de la Croix-Rouge comme précurseure de l’aide humanitaire. Démolition de l’aqueduc du Pont-Muré et construction de la route des Alpes Deuxième section de l’exposition commentée le 29 mars, «Bourg en mutation» nous apprend la démolition, en 1859, de l’aqueduc de la rue du Pont-Muré. «Remontant au Moyen Âge, ce dispositif relié aux étangs du haut de la cité et aux canaux conduit l’eau au-dessus de la chaussée jusqu’à la place de l’Hôtel-de-Ville. Autrefois indispensable pour lutter contre le feu, cet aqueduc était devenu un obstacle à la sécurité», relate l’archiviste Geneviève Gross, en s’appuyant notamment sur un dessin de François Bonnet (1811-1894), ancien professeur de dessin au Collège Saint-Michel.


Entre plans, dessins et documents d’archives, la section «Bourg en mutation» toujours, relate l’épopée de la création de la route des Alpes, dont le tracé fut approuvé en 1899, non sans remous puisqu’il déclencha une pétition des Amis des Beaux-Arts en mai 1900. Il y est question également d’un concours de façades sur cette même route des Alpes, lancé en 1909, une fois ses travaux titanesques achevés. «La nouvelle voie transforme profondément le paysage urbain, lit-on dans le fascicule de l’exposition. Les maisons surplombant la Neuveville ont vu disparaître leurs jardins en terrasses, laissant apparaître leur délabrement.» Huit projets sont soumis dans le cadre de ce concours et c’est celui de Charles Jungo qui est retenu, puis retravaillé entre 1909 et 1911, en s’inspirant des meilleures idées des autres études. Deux tableaux de Joseph Reichlen exposés côte à côte

La troisième section de l’exposition, «Bourgeoisie avec vue», revient également sur la progression de la route des Alpes, au tout début du XXe siècle, notamment par le biais de dessins techniques des portails du mur de soutènement par l’architecte Léon Hertling et par deux tableaux de Joseph Reichlen, dont «Fribourg, soir d’automne» (1904). De la fenêtre de son atelier-salon dans la maison de Gustave Vicarino, dans la générosité du soleil couchant, l’artiste nous offre un arrêt sur image sur les échafaudages et un ouvrier solitaire qui termine sa journée ; le trottoir et la balustrade, exécutée par Edouard Gougain, sont encore à venir. «C’est la première fois que l’on peut admirer ces deux tableaux de Joseph Reichlen côte à côte, insiste  Xavier Gendre. La première œuvre fait en effet partie des Collections patrimoniales de la Ville de Fribourg, la seconde de celles de la Bourgeoisie.»



Quatrième et dernière section du premier étage, «Cabinet des arts et des sciences», enfin, rassemble des documents et des objets provenant de la pharmacie Cuony et légués aux Archives de la Ville, via le fonds Dubas-Cuony. Fondée en 1865 par Hippolyte Cuony, fils du syndic Jean-Augustin, la première pharmacie éponyme occupe la boutique du rez-de-chaussée de la maison du Père Girard, à la rue des Epouses. Avec le développement urbain, l’officine familiale déménage aux abords de la gare avant de s’établir à la rue Saint-Pierre jusqu’en 1988. Elle reste notamment dans la mémoire collective des habitants grâce à la «Maison Fischer», emblématique bâtiment à tour qui trônait à l’angle de l’avenue de la Gare et qui a abrité la pharmacie Cuony jusqu’à sa démolition en 1971.

L’exposition «Fribourg Art-Archives » est visible jusqu’au 19 avril, du mercredi au dimanche, de 11h à 18h, à L’Atelier, place de Notre-Dame 16. Plus d’informations sur www.ville-fribourg.ch/expoAVF26 ou en scannant le code QR ci-contre.

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